Manifestation pour l’augmentation du salaire minimum : un journaliste tué, trois autres blessés par balle, la PNH enquête

Manifestation pour l’augmentation du salaire minimum : un journaliste tué, trois autres blessés par balle, la PNH enquête

Un journaliste a été tué par balle ce mercredi alors qu’il assurait la couverture d’une manifestation d’ouvriers réclamant un salaire minimum journalier de 1500 gourdes dans le secteur de la sous-traitance. Les faits sont survenus en début d’après-midi alors que la manifestation touchait à sa fin. Un témoin rapporte au Nouvelliste que des hommes lourdement armés et cagoulés ont ouvert le feu sur un attroupement alors que le véhicule dans lequel ces derniers se trouvaient était l’objet de jets de pierres. Les journalistes se trouvaient entre les manifestants et les hommes armés. Cet incident tragique est survenu dans les parages d’une usine.

Une source contactée par Le Nouvelliste a indiqué que le journaliste Lazarre Maxiben, travaillant pour l’agence Roi des infos (RDI) a succombé à ses blessures avant d’être transporté à l’hôpital Bernard Mevs. « Il présente des ouvertures au niveau du thorax et de l’abdomen. Probablement un vaisseau a explosé. Il est mort sur place », a précisé cette source. Plus loin, cette même source a précisé que quatre autres blessés par balle sont en train d’être soignés à l’hôpital Bernard Mevs. Trois autres journalistes, notamment Sony Laurore (travaillant pour une agence en ligne dénommée Laurore News) et Yves Moïse (RCH 2000) figurent parmi les personnes blessées. « Parmi les blessés, il y en a un dont le cas est très grave. Il est en salle d’opération. Les autres sont en train d’être stabilisés », a précisé ladite source.

Les ouvriers ont gagné les rues ce mercredi, pour la troisième semaine consécutive, pour continuer d’exiger 1500 gourdes de salaire minimum journalier. Les agents de la Police nationale d’Haïti (PNH) ont tenté de disperser la foule à plusieurs reprises avec des bonbonnes de gaz lacrymogène. Des organisations de défense des droits humains, des leaders politiques, des sénateurs critiquent régulièrement la répression des agents de la PNH contre les manifestations des ouvriers. 

Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a publié un rapport dans lequel il dénonce les exactions perpétrées par des agents de la Police nationale d’Haïti (PNH), lors des manifestations pacifiques organisées par les ouvriers du secteur textile, pour exiger la révision du salaire minimum à 1500 gourdes par jour. « Les revendications de la classe ouvrière qui exige 1500 gourdes comme salaire minimum sont justes », avait estimé le RNDDH, dans un communiqué en date du 21 février 2022. « Il est inconcevable que des policiers se soient mis aux côtés des patrons pour opprimer la population en proie à une pauvreté extrême, réclamant un salaire juste et équitable pour un travail aux horaires astreignants qu’elle fournit quotidiennement », déclare-t-il.

Au moins une quinzaine de personnes ont été victimes de brutalités policières, lors des manifestations pacifiques organisées les 9, 10, 16 et 17 février 2022, alerte l’organisme. « Au moins un d’entre eux (manifestants) a été giflé avec beaucoup de violence alors qu’il n’agressait pas le policier ni ne représentait aucune menace pour lui », rapporte le RNDDH, citant une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrant les faits. Dans ce document, le RNDDH avait appellé les autorités concernées à passer des instructions en vue de porter les agents de la PNH à mettre fin immédiatement aux répressions des manifestations pacifiques des ouvriers.

En début de semaine, le gouvernement a augmenté le salaire minimum journalier pour tous les segments d’activités. En ce qui concerne le secteur de la sous-traitance, catégorisé dans le segment F, le salaire est fixé à 685 gourdes contre 500 gourdes auparavant.  

Ariel Henry déplore 

Le Premier ministre Ariel Henry a réagi en début de soirée sur la mort du journaliste Lazarre Maxihen. Sa réaction a été publiée sur les réseaux sociaux. « Je déplore la mort du journaliste Lazard Maximilien [Maxiben, NDLR], survenue lors de la manifestation des ouvriers, ce mercredi. Je condamne également les violences qui ont causé des blessés. Je présente mes sympathies à la famille du défunt, ainsi qu’aux autres victimes de ces actes brutaux », a écrit le PM sur Twitter.

Quelques minutes auparavant, le chef du gouvernement a rappelé aux pouvoirs publics la responsabilité qui leur incombe d’assurer l’ordre public. « Tout en s’engageant à garantir la liberté de manifester, dans le respect de la loi et des valeurs républicaines, le gouvernement rappelle la responsabilité des pouvoirs publics d’assurer l’ordre et la sécurité en vue de rétablir la paix », a tweeté Ariel Henry.  

Le porte-parole de la Police nationale d’Haïti, Garry Desrosiers, a annoncé l’ouverture de deux enquêtes qui vont permettre d’élucider les faits. « Une enquête sera menée par la DCPJ parce qu’il y a mort d’homme. Étant donné que les agents de la PNH sont indexés, l’Inspection générale est également instruite par le DG afin de mener une deuxième enquête », a fait savoir M. Desrosiers. Lazarre Maxiben est le troisième journaliste décédé en Haïti en 2022 dans des circonstances tragiques. Jeudi 6 janvier, deux journalistes, Wilguens Louissaint et Amady John Wesley, ont été assassinés par un gang qui opère  à Laboule, alors qu’ils réalisaient un reportage sur le conflit qui oppose deux gangs armés de la zone. Jusqu’à date, aucune enquête n’ a été annoncé pour faire la lumière sur ce qui s’était passé. 

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